Sexting : balance pas ton nude !

Sexting : balance pas ton nude !
Deux smartphones face à face desquels sortent sur chacun un bras avec des sous-vêtements à la main

Envoyer un message intime, partager une photo ou une vidéo de soi… Ces pratiques numériques, regroupées sous le terme de sexting, ou nommées nudes dans le langage des jeunes, font aujourd'hui partie de la vie affective, amoureuse ou sexuelle de nombreuses personnes, qu'elles soient adultes ou adolescentes. Si ces échanges peuvent être consentis et s'inscrire dans une relation de confiance, ils ne sont pas sans risques. 

Lorsqu'un contenu intime est partagé, enregistré ou diffusé sans l'accord de la personne qui y apparaît, les conséquences peuvent être importantes sur les plans personnel, social et juridique. Mieux comprendre ces enjeux permet d'adopter des pratiques plus sûres et de réduire les risques.

Une pratique de plus en plus fréquente

Les outils numériques occupent aujourd'hui une place centrale dans les relations sociales et affectives des jeunes. Il n'est donc pas surprenant que certaines expériences de l'intimité se vivent également en ligne. Selon l'enquête JAMES 2024, 12 % des jeunes de 18 à 19 ans déclarent avoir déjà envoyé une photo ou une vidéo intime d'eux-mêmes, tandis que 30 % disent en avoir reçu. Cette pratique augmente avec l'âge.

Dans la majorité des situations, ces échanges restent privés. Les difficultés apparaissent lorsque les contenus sont diffusés sans l'accord de la personne concernée ou utilisés pour exercer une pression, humilier ou faire du chantage. Les recherches montrent d'ailleurs que les filles sont davantage exposées à la stigmatisation, aux insultes et au blâme lorsque leurs images sont diffusées, alors que la responsabilité des personnes qui partagent ces contenus est souvent minimisée.

Ce que dit la loi suisse

Depuis le 1er juillet 2024, le droit suisse tient davantage compte de la réalité des échanges consensuels entre adolescent·es. Dans certaines situations précisément définies par la loi, un échange consensuel de contenus intimes entre jeunes n'est plus automatiquement punissable. Plusieurs conditions doivent toutefois être réunies, notamment une faible différence d'âge (maximum trois ans), une relation personnelle entre les personnes concernées, l'absence de contrainte, de rémunération ou de diffusion à des tiers.

En revanche, la diffusion d'un contenu intime sans le consentement de la personne concernée demeure interdite. Le Code pénal sanctionne désormais spécifiquement la transmission ou la publication non consentie de contenus sexuels privés (art. 197a CP). Autrement dit, le principal problème juridique n'est pas l'échange privé et consenti, mais la rupture du consentement par la diffusion du contenu.

Bonnes pratiques

L'envoi de nudes étant de plus en plus courant, il est important de transmettre quelques règles de réduction des risques. Les principales recommandations dans ce domaine pour les (jeunes) personnes qui pratiquent le sexting sont les suivantes :

Réduire les risques

Avant d'envoyer un contenu intime, il est recommandé de :

  • être d'accord de réaliser ce contenu, être consentant·e;
  • s'assurer que l'autre personne souhaite réellement recevoir ce contenu ;
  • se rappeler que le consentement peut être retiré à tout moment ;
  • éviter tout élément permettant d'identifier facilement la personne ;
  • ne jamais faire pression sur quelqu'un pour obtenir un nude ou en envoyer un en retour ;
  • garder à l'esprit qu'une fois un contenu transmis, il est difficile d'en garder le contrôle, même avec des messages temporaires.

Si un nude est partagé sans consentement

Si vous recevez un contenu intime diffusé sans l'accord de la personne concernée :

  • ne le partagez pas ;
  • supprimez-le lorsque cela est possible ;
  • soutenez la personne concernée ;
  • signalez la situation à un adulte de confiance ou à une personne susceptible d'interrompre la diffusion, par exemple la police.

Chaque personne qui renonce à partager une image contribue à limiter les conséquences pour la victime.

Si votre image est diffusée

Vous pouvez :

  • documenter la situation (captures d'écran, liens, comptes concernés) ;
  • demander le soutien d'un proche ou d'un adulte de confiance ;
  • solliciter les professionnel·les compétent·es selon la situation; 
  • signaler rapidement le contenu aux plateformes ;
  • utiliser des outils comme Take It Down lorsqu'ils sont adaptés.

La responsabilité incombe à la personne qui diffuse le contenu sans consentement, et non à la personne représentée sur l'image.

Le saviez-vous ?

En Suisse, la majorité pénale est fixée à 10 ans. Un enfant ayant atteint cet âge peut être tenu pénalement responsable de certaines infractions. La majorité sexuelle est quant à elle fixée à 16 ans. Elle correspond à l'âge à partir duquel une personne peut consentir à des relations sexuelles avec un·e partenaire majeur·e, sous réserve des dispositions prévues par le droit suisse.

Attention
  • La pratique des nudes n'est pas sans risque. Une fois l'image transmise, il n'y a aucune garantie qu'elle ne soit diffusée plus loin.
  • Pour les personnes mineures engagées dans des partage de nudes, ces dernières ne doivent pas avoir plus de 3 ans d'écart entre elles (par exemple, un partage de nudes entre une personne de 15 ans et une autre de 18 ans est légal, mais pas pour une personne de 15 ans et une autre de 19 ans).
  • La transmission de nudes sans le consentement de la personne concernée est punit par la loi (article 197a cp).
  • Lors d'échanges de nudes, toutes les personnes concernées doivent avoir clairement donné leur consentement et peuvent à tout moment le révoquer.
  • Les messages ou photos temporaires (par exemple sur Snapchat) peuvent toujours être photographiés ou enregistrés par une autre personne.
Le saviez-vous ?

En Suisse, la majorité sexuelle, c'est-à-dire l'âge à partir duquel une personne peut consentir à des relations sexuelles, est fixée à 16 ans révolus.

FAQ
Comment prévenir les risques liés au sexting ?

Il n'y a aucune solution miracle, mais en :

  • discutant ouvertement avec les jeunes des risques et des conséquences ;

  • encourageant une utilisation responsable des outils numériques ;

  • sensibilisant à l’importance du consentement et du respect de la vie privée ;

et ce de manière répétée, on peut favoriser une diminution des risques.

Est-ce grave si un jeune envoie un nude à sa petite amie ?

Pas nécessairement si cela se fait dans un cadre consenti, privé et entre jeunes proches en âge. Mais, le risque principal vient du partage non consenti. Une image envoyée peut être capturée, diffusée et avoir des conséquences durables.

Le sexting est-il forcément une mauvaise chose ?

Non. Le sexting peut s’inscrire dans une exploration affective normale chez les adolescents. Ce qui pose problème, ce sont les situations d'abus, de pression, de diffusion non consentie ou d’exposition à des contenus inadaptés.

Mon enfant a reçu un nude. Que doit-il faire ?

Il est important de ne pas le partager, de le supprimer et, si nécessaire, d'en parler rapidement à un adulte de confiance. Le simple fait de relayer une image intime peut aggraver fortement la situation de la victime et avoir des conséquences juridiques.

Vidéos
Sexting - « Et vous ? Vous auriez dit oui ? »
Fais le bon choix - Les dangers du sexting
Audio
Quand c'est ton choix